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Traitement de la vrillette du pain : les méthodes que les professionnels appliquent

Vous saurez ce que fait concrètement un professionnel face à la vrillette du pain, méthode par méthode : principe, paramètres réels et limites. Vous verrez aussi ce qui reste à votre portée et où commence le travail qui exige un équipement spécialisé.

15 °CSeuil développement
21 joursDurée anoxie
500 GyDose gamma
-25 à -30 °CCongélation

Une vrillette du pain repérée dans un placard, un paquet de farine perforé de petits trous ronds, ou de la sciure fine près d'un stock de nourriture sèche, signale une infestation de Stegobium paniceum déjà installée. L'insecte adulte mesure de 2 à 3,7 mm, sa larve de 4 à 5 mm, et cette dernière se déplace grâce à une ventouse abdominale dès le stade néonate.

Jeter les paquets contaminés et nettoyer les placards ne suffit pas toujours si des oeufs ou des larves subsistent dans les fissures, les emballages ou les denrées stockées à proximité. C'est là qu'interviennent des méthodes de traitement plus poussées, utilisées aussi bien en conservation du patrimoine que sur des denrées alimentaires infestées.

Ces méthodes reposent chacune sur un principe physique ou chimique précis, avec des paramètres stricts de température, de durée ou de dose. Les connaître permet de comprendre pourquoi un professionnel choisit l'une plutôt que l'autre selon l'objet à traiter.

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Les méthodes, ce qu'elles font et quand elles s'imposent

Vrillette du pain

Anoxie statique

Le traitement place l'objet dans une poche fermée hermétiquement, dont on retire l'oxygène. Privés d'air, les insectes ouvrent largement leurs stigmates, leurs orifices respiratoires, ce qui accélère leur mort. Le taux d'oxygène doit rester sous 1 000 ppm, la température à 22 °C minimum, idéalement entre 22 et 25 °C, pendant 21 jours. L'activité des absorbeurs d'oxygène fait monter l'humidité relative de façon importante et incontrôlable une fois la poche fermée, sauf à placer des matériaux tampons avant fermeture. Ensuite, la température est abaissée vers 20 °C, l'hygrométrie contrôlée autour de 50 %, puis la poche est ouverte pour le rinçage. Cette méthode convient aux livres, reliures, parchemins, tableaux rentoilés, denrées et collections d'histoire naturelle.

Anoxie dynamique

Le principe est identique à l'anoxie statique, mais un gaz inerte, azote ou argon, est introduit en continu plutôt qu'en poche passive. Cela permet de mieux réguler l'humidité relative, en introduisant le gaz sec directement ou humidifié par barbotage. Les paramètres restent les mêmes : oxygène sous 1 000 ppm, 22 à 25 °C, 21 jours. Elle s'impose quand le contrôle de l'humidité est un enjeu, sur les mêmes objets et denrées que l'anoxie statique.

Traitement par le froid, congélation

Le froid agit par cristallisation de l'eau du corps de l'insecte, la mort venant des troubles métaboliques et de la glace. Le traitement se fait entre -25 °C et -30 °C, 3 à 7 jours à -25 °C minimum pour garantir la mort de tous les stades, la durée dépendant du taux de remplissage du congélateur. La baisse de température doit être rapide, 0 °C à coeur de l'objet en moins de 4 heures, pour éviter que les insectes n'entrent en diapause. L'objet est placé dans une poche de polyéthylène dont on a extrait l'air avant de la fermer. Après traitement, il ne faut pas ouvrir tout de suite, pour éviter la condensation : la remontée en température se fait lentement jusqu'à 0 °C sur 8 heures, puis on attend deux jours avant d'ouvrir. Cette méthode est à exclure sur les surfaces stratifiées, vernies ou peintes, qui deviennent cassantes au froid, et sa répétition n'est pas neutre pour les matériaux.

Traitement par la chaleur

La chaleur agit sur l'eau contenue dans le corps de l'insecte. Le traitement se fait entre 50 °C et 55 °C, avec une température de surface qui ne dépasse pas 58 °C, pendant 3 heures de traitement effectif. L'opération complète, installation, montée et descente en température comprises, dure de 24 à 48 heures. L'humidité relative doit rester constante pendant la hausse, au besoin avec des humidificateurs, pour éviter l'assèchement des objets. La descente se fait ensuite lentement jusqu'à 20 °C, sur 5 à 6 heures, en maintenant l'hygrométrie entre 50 et 60 %.

Rayonnement gamma

Cette méthode tue les insectes par irradiation de leurs cellules, en cellule d'irradiation, par exposition à des sources radioactives. Elle se pratique à température ambiante, environ 20 °C, avec une dose de 500 Gy minimum, pour une durée de 1 à 10 heures, souvent autour de 4 heures selon l'installation du prestataire. Elle ne laisse aucune rémanence, ni radioactivité ni produit chimique, ce qui permet de manipuler les objets directement dès la sortie de la cellule.

Produits insecticides

Le traitement chimique applique un insecticide, la perméthrine étant citée, en solution liquide ou en gel. Il s'utilise à température ambiante, environ 20 °C, avec une humidité relative médiane. Le gel, à éviter en milieu ou sur matériau trop humide car il réagit avec l'eau, pénètre cependant mieux que la forme liquide. L'application et le séchage se comptent en quelques heures. La rémanence du produit sur plusieurs années impose de manipuler ensuite les objets traités avec des gants. La pulvérisation à basse pression ne s'envisage que pour le bâti : charpentes, poutres, planchers.

Maintien sous le seuil thermique de développement

En dessous de 15 °C, le développement de la vrillette du pain devient impossible. L'adulte est tué en dessous de -10 °C, les oeufs en dessous de -5 °C, et l'insecte ne se développe plus du tout en dessous de 4 °C. C'est le seul levier que le particulier peut actionner sans équipement professionnel : stocker les denrées sensibles au congélateur ou dans un local durablement frais limite l'installation et la reprise d'une infestation, sans remplacer un traitement des zones déjà infestées.

Efficace, inutile

Départage

Ce qui marche

  • Stocker les denrées sensibles au congélateur ou dans un local sous 15 °C pour empêcher le développement des larves.
  • Utiliser une poche de polyéthylène hermétique dont on extrait l'air avant une congélation, à -25 °C minimum pendant 3 à 7 jours.
  • Laisser reposer l'objet après un traitement au froid ou en anoxie avant de l'ouvrir, pour éviter la condensation.
  • Attendre deux jours avant d'ouvrir un congélateur ayant servi au traitement, le temps que la température remonte lentement.
  • Réserver le gel insecticide aux matériaux secs, il réagit avec l'eau en milieu humide.
  • Porter des gants pour manipuler un objet traité à l'insecticide, sa rémanence dure plusieurs années.

Ce qui ne marche pas

  • Ouvrir un congélateur ou une poche d'anoxie juste après le traitement, la condensation qui en résulte abîme l'objet.
  • Congeler des surfaces stratifiées, vernies ou peintes, elles deviennent cassantes au froid.
  • Répéter les congélations sans nécessité, ce n'est pas neutre pour les matériaux.
  • Appliquer un gel insecticide sur un matériau ou en milieu trop humide.
  • Chauffer un objet sans maintenir l'humidité relative constante, il risque de s'assécher.
  • Pulvériser un insecticide en basse pression ailleurs que sur le bâti, charpentes, poutres ou planchers.

Sources. Tableau comparatif des traitements de désinsectisation, fiche méthodologique de conservation préventive, rubrique Infestation, C2RMF, Centre de recherche et de restauration des musées de France, ministère de la Culture, colonne anoxie statique, consulté le 11 septembre 2026 Fiche Stegobium paniceum, rubrique Les insectes de A à Z (site d'origine http://insectes-nuisibles.cicrp.fr en erreur HTTP 500 le 11 septembre 2026, consultation par l'archive Wayback Machine), CICRP, Centre interdisciplinaire de conservation et de restauration du patrimoine, Marseille, base Insectes nuisibles et dangereux pour les oeuvres du patrimoine culturel, constituée avec l'INRA, seuils thermiques de développement et de mortalité, consulté le 11 septembre 2026

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