Des années sous une surface intacte
Vous venez d'acquérir une maison ancienne. La charpente semble saine : aucun trou, aucune sciure au sol, le bois paraît compact au toucher. Cela ne prouve rien. Le capricorne des maisons, Hylotrupes bajulus, peut être en train de creuser cette charpente depuis plusieurs années sans qu'aucun signe n'apparaisse en surface.
Le cycle commence par un œuf de 0,2 mm, déposé dans une fente du bois. La larve qui en sort mesure 3 mm à la naissance. Elle grandit ensuite jusqu'à 20 à 25 mm, parfois 30 mm, pendant toute la durée de son développement. Ce développement larvaire dure de 3 à 5 ans, et peut aller jusqu'à dix ans. Les deux sources techniques consultées ne s'accordent pas sur la longévité de l'adulte, une quinzaine de jours pour le mâle et une semaine en moyenne pour la femelle selon l'une, 3 à 4 semaines selon l'autre, mais elles convergent toutes les deux sur cette durée de développement larvaire de 3 à 5 ans.
Cette durée explique pourquoi le bois reste apparemment intact si longtemps. La larve creuse des galeries qu'elle comble derrière elle avec sa vermoulure, des tronçons cylindriques d'environ 0,8 sur 0,5 mm, sans jamais transpercer la surface du bois. Les galeries s'étendent jusqu'à la périphérie de la pièce de charpente tout en suivant toujours le sens du fil du bois. Elles progressent d'environ un centimètre par jour, et la larve est capable de transpercer une plaque de plomb ou de zinc sur son passage. Le développement ralentit sous 15 degrés, il ne s'arrête pas.
Concrètement, une poutre peut être creuse à l'intérieur tout en présentant une surface parfaitement lisse et peinte. C'est pour cette raison qu'un simple examen visuel ne suffit jamais à écarter une infestation, surtout dans une maison dont on ne connaît pas l'historique d'entretien.
Les résineux visés
Le capricorne des maisons ne s'attaque qu'aux résineux. Les pins sont particulièrement touchés, le sapin, l'épicéa, le mélèze et le Douglas le sont moins. C'est la seule espèce de cérambycide domicole présente en France à s'attaquer aux résineux : les trois autres cérambycides des habitations, du genre Trichoferus, se développent sur des feuillus. Si votre charpente est entièrement en chêne, le capricorne des maisons n'est donc pas le suspect à chercher en premier, mais l'espèce voisine, l'hespérophane, l'est.
- Pins : essence la plus attaquée
- Sapin, épicéa, mélèze, Douglas : attaqués, mais moins
- Feuillus, chêne, hêtre : hors du champ d'attaque de cette espèce
Les adultes ne s'alimentent pas, ils ne font qu'assurer la reproduction avant de mourir. L'accouplement a lieu de juin à septembre, il est très court, de l'ordre de trois minutes, et la femelle pond au plus tard trois jours après, par groupes de 4 à 7 œufs dans les fentes du bois. Une ponte compte en moyenne une trentaine d'œufs et peut atteindre 200 œufs selon une source, 20 à 100 œufs selon une autre. L'incubation dure de 7 à 20 jours, la nymphose 15 jours.
La sortie des adultes se concentre de juin à août, ce qui correspond à la période où les trous de sortie neufs sont les plus susceptibles d'apparaître. En dehors de cette fenêtre, l'absence de sortie visible ne signifie pas l'absence de larves, elles poursuivent leur développement dans le bois toute l'année. Sur le territoire français, l'espèce a été relevée à 2318 reprises contre 10489 dans le monde selon les données d'observation naturaliste du GBIF, un chiffre qui reflète un effort d'observation et non une densité d'infestation. Les côtes méditerranéenne et atlantique offrent des conditions favorables à l'espèce.
Les premiers signes visibles
Le premier signe visible arrive donc à la fin d'un cycle qui a déjà duré plusieurs années, c'est le trou de sortie de l'adulte, pas une trace de l'activité larvaire elle-même. Ce décalage est la raison pour laquelle une charpente peut sembler saine à l'achat d'une maison et se révéler fortement dégradée quelques années plus tard, une fois que les premiers adultes émergent.
- Trou de sortie ovale, jusqu'à 8 mm selon une source, de 6 à 10 mm selon une autre : c'est le critère qui distingue le capricorne des maisons de toutes les vrillettes et des lyctus, dont les trous sont ronds
- Surface saine et intérieur détruit : la vermoulure comble les galeries sans jamais transpercer le bois, un sondage mécanique est nécessaire pour révéler le vide
- Galeries orientées dans le sens du fil du bois
- Bruit de mastication dans le silence de la charpente, cohérent avec une progression d'environ un centimètre par jour, même si aucune source ne décrit ce bruit de façon explicite
Un trou de sortie ovale n'est jamais un signe à traiter à la légère : par sa forme et sa taille, il tranche contre toutes les espèces qui produisent des trous ronds.
Ne pas confondre avec d'autres xylophages
Plusieurs espèces produisent des dégâts qu'on confond facilement avec ceux du capricorne des maisons. L'hespérophane, son cousin le plus proche, s'attaque aux feuillus, chêne et hêtre notamment, et non aux résineux, avec un adulte plus grand, 13 à 24 mm, brun rouge, contre 10 à 20 mm et noir pour le capricorne, des trous de sortie plus larges, 8 à 13 mm contre 6 à 10 mm, et une sortie légèrement plus précoce, de mai à août contre juin à août. Son développement larvaire dure au minimum 2 ans et peut aller jusqu'à 6 ans.
La petite vrillette, Anobium punctatum, et la grosse vrillette, Xestobium rufovillosum, se reconnaissent d'abord à la forme et à la taille de leur trou de sortie, rond et de 1 à 4 mm, contre un trou ovale de 6 à 10 mm pour le capricorne. Leur vermoulure diffère aussi, amas granuleux pour la petite vrillette, lentilles d'1 mm pour la grosse, contre des tronçons cylindriques compressés pour le capricorne. Le lyctus, Lyctus brunneus, ne s'attaque jamais aux résineux et perce des trous ronds de 1 à 2 mm, deux critères qui l'excluent d'emblée dès lors que le bois attaqué est un résineux avec des trous ovales.
Ce que fait un professionnel
Dans le bâti existant, aucune réglementation n'impose de traitement contre les insectes à larves xylophages, à la différence du régime applicable aux termites. Un vendeur n'a donc aucune obligation légale de traiter ou de signaler une charpente infestée par le capricorne des maisons. Dans le neuf en revanche, les bois qui participent à la solidité de l'ouvrage doivent être protégés contre ces insectes depuis l'arrêté du 27 juin 2006, en application des articles L. 112-17 et R. 112-2 à R. 112-4 du code de la construction et de l'habitation, pour toute construction dont le permis a été déposé après le 1er novembre 2006.
Face à une charpente suspecte, un professionnel commence toujours par un diagnostic précis suivi d'un sondage mécanique de tous les bois. C'est le seul moyen de révéler l'étendue réelle de la dégradation quand la surface reste intacte. Les parties vermoulues sont ensuite bûchées, une étape décrite comme essentielle à l'efficacité du traitement, puis brossées et dépoussiérées avant tout traitement chimique.
Le traitement en profondeur se fait par injection, avec des puits forés tous les 33 cm aux deux tiers de l'épaisseur du bois. Sur les résineux, l'injection concerne tous les bois équarris dont le demi-périmètre est égal ou supérieur à 200 mm et la section égale ou supérieure à 70 mm, ainsi que tous les bois bûchés. Des puits sont aussi forés dans les bois en contact avec les maçonneries et au niveau des encastrements, orientés vers la maçonnerie au plus près de celle-ci. Une application de surface complète le traitement sur toutes les faces accessibles. Sur un bois sain, en prévention, seuls les ancrages et les bois en contact avec les maçonneries sont injectés, une simple application de surface suffisant à protéger le reste de l'ouvrage.
L'opérateur qui intervient doit être titulaire d'un certificat biocide, obligatoire depuis juillet 2015 en application de l'arrêté du 9 octobre 2013. La certification de services CTB-A+, ou une certification équivalente, est parfois exigée dans les cahiers des charges des marchés de travaux, mais il s'agit d'une exigence contractuelle et non d'une obligation légale.
