Mesurer le trou avant tout
Vous regardez une poutre, un chevron ou un pied de meuble et vous voyez de petits trous, parfois entourés d'une poussière fine. Avant de chercher un nom d'insecte, prenez un mètre ou un pied à coulisse et mesurez le diamètre exact d'un trou frais, pas d'un trou ancien rebouché ou repeint. Notez aussi sa forme, parfaitement ronde ou légèrement ovale.
Ces deux informations, diamètre et forme, éliminent déjà une partie des espèces qui creusent le bois de charpente et de mobilier en France. Elles ne suffisent pas toujours à isoler une seule espèce, c'est pourquoi il faut les croiser avec l'aspect de la sciure qui s'échappe du trou et avec l'essence du bois attaqué.
Un point de méthode : un trou visible ne veut pas dire que l'insecte est encore actif. Pour la petite vrillette par exemple, les trous et la vermoulure peuvent témoigner d'une attaque ancienne et déjà éteinte, pas forcément d'une infestation en cours.
Ce que dit le diamètre
Quatre espèces représentent l'essentiel des trous rencontrés dans les charpentes et les meubles en France, la petite vrillette (Anobium punctatum), la grosse vrillette (Xestobium rufovillosum), le lyctus brun (Lyctus brunneus) et le capricorne des maisons (Hylotrupes bajulus). Leurs trous de sortie se répartissent sur des plages de diamètre qui se chevauchent partiellement.
- Lyctus brun : trous circulaires de 1 à 2 mm selon le FCBA, le CICRP décrivant des galeries de 1 à 3 mm.
- Petite vrillette : trous d'envol circulaires de 1 à 3 mm.
- Grosse vrillette : trous d'émergence ronds de 2 à 4 mm.
- Capricorne des maisons : trous ovales de 6 à 10 mm selon le FCBA, le CICRP donnant un trou ovale allant jusqu'à 8 mm.
La première question à trancher est donc la forme. Un trou ovale élimine d'office les trois espèces qui percent des trous ronds, petite vrillette, grosse vrillette et lyctus brun. Il ne reste alors que le capricorne des maisons.
Si le trou est rond, le diamètre seul reste ambigu entre 1 et 4 mm. Un trou de 2 mm peut appartenir à la petite vrillette, à la grosse vrillette ou au lyctus. C'est la sciure qui permet de trancher.
Ce que dit la sciure
La vermoulure, la fine poussière de bois qui s'accumule au pied des trous ou à l'intérieur des galeries, a un aspect différent pour chaque espèce. C'est souvent le critère le plus rapide à observer à l'oeil nu, sans avoir à capturer ou identifier l'insecte lui-même.
- Petite vrillette : vermoulure granuleuse, en amas, dont les grains ont la forme d'une cacahuète à l'observation.
- Grosse vrillette : vermoulure en petites lentilles brunes d'environ 1 mm de diamètre, un aspect de granules aplatis et non de poudre. Le CICRP la présente comme le signe le plus discriminant à l'oeil nu pour cette espèce.
- Lyctus brun : vermoulure extrêmement fine et volatile, comparée à de la fleur de farine, formant de petits cônes.
- Capricorne des maisons : vermoulure en tronçons cylindriques d'environ 0,8 sur 0,5 mm, qui comble les galeries sans jamais transpercer la surface du bois.
Cette dernière observation sur le capricorne mérite une attention particulière. Le bois peut être creux sous une surface qui semble intacte, puisque la vermoulure reste piégée à l'intérieur. Un sondage mécanique, avec la pointe d'un couteau, reste utile pour évaluer la profondeur réelle des dégâts.
La direction des galeries donne un indice supplémentaire. Chez la petite vrillette, les galeries de section circulaire partent dans toutes les directions. Chez le lyctus brun comme chez le capricorne des maisons, elles suivent toujours le sens du fil du bois.
Ce que dit l'essence du bois
L'essence de la poutre ou du meuble attaqué est le troisième filtre, et il est parfois le plus tranchant des trois, car deux espèces sur les quatre ont des exigences très strictes sur ce point.
Le capricorne des maisons ne touche que les résineux
Le capricorne des maisons s'attaque exclusivement aux bois résineux, les pins étant particulièrement touchés, le sapin, l'épicéa, le mélèze et le Douglas l'étant moins. C'est la seule espèce de cérambycide s'attaquant aux habitations en France à se développer sur des résineux, les trois autres cérambycides des maisons, du genre Trichoferus, se développant sur des feuillus.
Le lyctus brun ne touche jamais les résineux
À l'inverse, le lyctus brun ne s'attaque jamais aux résineux. Il exige un bois de feuillu riche en amidon, en général l'aubier de chêne, châtaignier, frêne, noyer, orme, saule ou cerisier, mais aussi des bois tropicaux riches en amidon ou du contreplaqué. Un trou rond de 1 à 2 mm dans un chevron de sapin ne peut donc pas être un lyctus.
Les deux vrillettes sont moins exclusives
La petite vrillette attaque aulne, bouleau, noyer, pin, peuplier, châtaignier et sapin, plus rarement chêne et frêne, elle touche aussi bien les feuillus que les résineux, ce qui limite l'intérêt de ce critère pour l'éliminer. La grosse vrillette est documentée sur chêne, bouleau, aulne, orme, saule, châtaignier et hêtre. Le FCBA précise cependant qu'elle s'attaque à des bois, feuillus comme résineux, à condition qu'ils aient déjà été dégradés par un champignon de pourriture cubique ou fibreuse.
Cette dernière condition compte autant que l'essence elle-même. La grosse vrillette exige un bois préalablement attaqué par un champignon lignivore, avec une humidité du bois d'au moins 22 %. Trouver ses trous, c'est donc aussi trouver un désordre d'humidité et une attaque fongique à traiter en parallèle.
Les cas où le trou ne suffit pas
Le trio diamètre, sciure, essence ne résout pas toutes les situations. Certaines confusions ne se règlent qu'en observant l'insecte adulte lui-même, s'il est possible d'en capturer un, et d'autres ne sont tout simplement pas documentées avec un critère de séparation clair dans les sources techniques disponibles.
Le critère le plus fiable pour séparer le lyctus brun d'une vrillette, quand le trou et la sciure laissent un doute, est la tête de l'insecte adulte, large et bien visible chez le lyctus, au contraire cachée sous le pronotum chez les deux vrillettes.
D'autres indices demandent d'observer le comportement plutôt que le trou. La grosse vrillette porte le nom vernaculaire d'horloge de la mort à cause d'un bruit de tapotement, mais la source consultée ne décrit ni le mécanisme ni la fonction de ce bruit. Le capricorne des maisons, lui, creuse sa galerie d'environ 1 cm par jour, ce qui peut rendre l'activité larvaire perceptible, sans que la source établisse ce bruit comme un fait démontré. Sa larve est par ailleurs capable de transpercer une plaque de plomb ou de zinc.
Enfin, certaines confusions restent ouvertes faute de critère publié. Le CICRP signale que la petite vrillette peut être confondue avec deux autres Ptinidae, Oligomerus ptilinoides et Nicobium castaneum, sans donner le détail morphologique qui les distingue. De même, le FCBA indique qu'il existe deux espèces de lyctus en France, Lyctus brunneus et Lyctus linearis, sans préciser non plus le critère qui les sépare. Dans ces cas, le diagnostic par le trou et la sciure a atteint sa limite, et seule une identification entomologique de l'adulte permet de trancher.
