Comment lire ce calendrier
Vous avez repéré des blattes en cuisine en plein mois de janvier, ou une chenille processionnaire sur un pin en février, et vous vous demandez si c'est normal à cette période. Ce calendrier répond à cette question : pour chaque saison, il indique quelles espèces deviennent visibles, lesquelles restent actives en continu, et lesquelles n'ont tout simplement pas de fenêtre documentée.
L'intensité mensuelle affichée dans ce calendrier est un encodage éditorial, construit à partir des fenêtres d'activité publiées par les organismes cités (ANSES, ARS, INRAE, ARVALIS, FCBA, CICRP, OMS, EPPO, MNHN), non un chiffre mensuel publié tel quel par ces organismes. Quand une source indique qu'une espèce vole d'avril à septembre ou culmine en juin, ce calendrier traduit cette fenêtre en une échelle de 0 à 3, où 0 signifie qu'aucune émergence n'est documentée ce mois là et 3 correspond au pic documenté par les sources.
Un mois à 0 ne signifie donc pas que l'espèce a disparu. Pour les xylophages comme les vrillettes ou le capricorne des maisons, les larves poursuivent leur développement dans le bois toute l'année, même sans adulte visible. Pour les chenilles processionnaires, un nid resté accroché à une branche en hiver conserve son potentiel urticant même après le pic d'exposition. Ce sont ces réserves qui doivent guider la lecture, pas la seule valeur affichée.
Enfin, certaines espèces n'ont aucune saisonnalité au sens propre : les blattes américaine et germanique vivent dans des milieux chauffés en continu et restent actives à intensité maximale toute l'année. D'autres, à l'inverse, n'ont aucun calendrier mensuel publié dans les sources disponibles : elles sont regroupées dans la dernière section de cet article.
Hiver
En hiver, la surprise vient de la chenille processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa) : alors que le froid met la plupart des insectes en veille, c'est justement sa période de pic. Les Centres antipoison enregistrent en moyenne 30 dossiers d'exposition symptomatique en mars, 85 % des dossiers survenant de janvier à avril. L'ARS Centre-Val de Loire situe la période urticante et allergisante de novembre à mars, et l'ANSES précise qu'on la croise majoritairement de janvier à mai, avec un second passage possible d'octobre à décembre dans les régions océaniques. Les nids d'hiver, tissés en automne en hauteur sur la partie la plus ensoleillée de l'arbre, sont alors les plus actifs : mieux vaut ne pas les approcher.
L'hiver reste une période creuse pour la quasi totalité des insectes xylophages. Le capricorne des maisons, la grosse vrillette, la petite vrillette et le lyctus brun n'ont aucune sortie d'adultes documentée entre décembre et février : leurs fenêtres de vol démarrent au plus tôt en avril. C'est donc trop tard pour observer un envol, mais pas trop tard pour repérer les traces d'une infestation passée avant la reprise du printemps.
Les blattes américaine et germanique, elles, ne connaissent pas cette pause : installées dans les égouts, les galeries techniques ou à l'intérieur des logements chauffés, entre 20 et 31 degrés selon l'espèce, elles restent à leur intensité maximale toute l'année, hiver compris. La blatte orientale, plus liée à l'extérieur, subit en revanche un vrai coup d'arrêt : une acclimatation de deux semaines à 10 degrés ne laisse survivre aucune nymphe, ce qui explique son repli sur les caves et les chaufferies dès les premiers froids.
C'est aussi la saison où les vêtements en laine et en fourrure rangés pour l'hiver méritent une vérification : les chenilles de la teigne des vêtements hivernent à l'état larvaire, sans qu'aucun adulte ne soit visible avant avril.
Printemps
Le printemps marque le redémarrage général. La grosse vrillette amorce son envol dès avril, avec un pic en avril et mai avant un net ralentissement en juin. La petite vrillette suit une trajectoire proche, montant de mars à mai avant son maximum estival. Le lyctus brun entre aussi dans sa fenêtre de vol à partir d'avril. Pour ces trois espèces, une inspection des charpentes et des parquets a du sens à cette période : un adulte repéré confirme une infestation active.
La fouine atteint son pic de nuisances au printemps. Le rut a lieu au milieu de l'été, mais la mise bas se produit au printemps, et la présence de jeunes dans les combles rend les bruits nocturnes les plus marqués entre mars et août. C'est aussi à cette période que les martres fréquentent le plus les moteurs de voitures, d'après une étude menée au Luxembourg et à Cracovie.
La chenille processionnaire du chêne (Thaumetopoea processionea) commence à devenir visible en avril, avec une montée qui se poursuit jusqu'à un pic en mai, juin et juillet. Dans le même temps, la processionnaire du pin termine sa période à risque : son intensité, maximale en janvier, février et mars, retombe nettement dès avril et mai.
- Xylophages (vrillettes, lyctus) : période d'envol à surveiller, avril à mai selon l'espèce.
- Fouine : pic de bruit dans les combles lié à la présence de jeunes.
- Processionnaire du chêne : début de la période de risque urticant.
- Processionnaire du pin : fin de la période de risque, mais nids encore présents.
Été
L'été concentre le plus grand nombre d'espèces à leur pic. Le capricorne des maisons (Hylotrupes bajulus) sort à l'état adulte de juin à août, une fenêtre confirmée par le FCBA et par le CICRP, qui situe l'accouplement de juin à septembre : c'est la seule espèce de cérambycide domicole en France à s'attaquer aux résineux. La petite vrillette culmine elle aussi en juillet et août, tout comme la teigne des vêtements, dont les imagos sont surtout actifs d'avril à fin août.
Côté denrées, les charançons du blé et du riz suivent la logique du stockage agricole : à la récolte, un grain à 25 à 30 degrés et 13 à 15 % de teneur en eau constitue, selon ARVALIS, un milieu de vie idéal pour les insectes, avec un pic documenté en juillet, août et septembre. Dans un logement en revanche, cette logique saisonnière n'a pas vraiment de sens : les denrées sèches restent à température ambiante toute l'année.
La mouche domestique et le pigeon biset partagent ce pic estival. L'ITAVI situe l'apparition des mouches tout particulièrement entre mai et août. Le pigeon biset, présent toute l'année, atteint son apogée de reproduction entre mai et août, avec un pic saisonnier du nombre de nids observé au printemps en Île-de-France.
La fouine reste très active en été, période du rut.
Automne
L'automne inverse la tendance de l'été. Les xylophages achèvent leur période de vol : leur intensité retombe à zéro dès octobre pour la plupart, à l'exception des charançons du blé et du riz, dont la décroissance, calée sur la logique de ventilation post récolte d'ARVALIS, se prolonge plus tard, avec un palier visé à 12 degrés en automne puis 5 en hiver.
À l'inverse, c'est en automne que la chenille processionnaire du pin recommence à se manifester. Les chenilles tissent alors, sur la partie la plus ensoleillée de l'arbre et généralement en hauteur, le nid d'hiver de soie qui accumulera la chaleur nécessaire à leur développement. L'ANSES signale un second passage possible entre octobre et décembre dans les régions océaniques, en plus du pic hivernal classique.
C'est aussi le moment de ranger les vêtements d'été et de sortir les lainages : la teigne des vêtements termine sa période visible en septembre, mais les chenilles continuent de se développer et hivernent à l'état larvaire. Une vérification des placards avant de stocker les lainages plusieurs mois reste utile même sans adulte visible.
Les espèces sans saison marquée
Certaines espèces n'apparaissent dans aucune section saisonnière de ce calendrier, non pas parce qu'elles sont absentes, mais parce qu'aucune source primaire consultée ne publie de fenêtre mensuelle pour la France.
C'est le cas du charançon rouge du palmier (Rhynchophorus ferrugineus) : l'EPPO indique seulement que le nombre de générations annuelles dépend de la température moyenne annuelle, moins d'une génération par an en dessous de 15 degrés et plus de deux au-dessus de 19 degrés, avec un développement larvaire méditerranéen de 40 jours en été à 160 jours en hiver et au printemps. Aucun calendrier mensuel de vol n'est publié pour la France.
C'est aussi le cas de la martre des pins (Martes martes), dont aucune source ne documente la phénologie mensuelle en France : contrairement à la fouine, qui fréquente les combles et les milieux urbains, la martre reste un animal essentiellement forestier, et son calendrier ne peut pas être déduit de celui de la fouine.
Trois espèces liées aux denrées et aux textiles complètent cette liste : la mite à fourreau, monovoltine dans la nature mais capable de deux à trois générations par an en locaux chauffés, où elle hiverne à l'état larvaire ; la pyrale indienne des fruits secs, qui se développe en locaux chauffés indépendamment de la saison, avec deux à trois générations dans le nord de la France et jusqu'à cinq dans le Midi ; et la vrillette du pain, qui se développe elle aussi en continu en intérieur chauffé, avec jusqu'à quatre générations annuelles. Pour ces trois espèces, un logement chauffé toute l'année neutralise l'essentiel de la variation saisonnière que le froid impose aux insectes.
