Un insecte livré avec le bois
Un parquet en chêne posé depuis un an, un meuble en frêne acheté récemment, et voilà qu'apparaissent de petits trous ronds et une poussière très fine sur le sol. Rien n'a été apporté de l'extérieur entre-temps. Le lyctus brun n'a pas colonisé la maison après coup : il était déjà présent dans le bois, sous forme d'œuf ou de larve, au moment de sa fabrication ou de son achat.
La femelle pond une vingtaine d'œufs en moyenne, par groupes de 2 à 6, directement dans les vaisseaux du bois. L'incubation dure de 7 à 14 jours, puis la larve se développe à l'intérieur du matériau, invisible, pendant la nymphose qui dure de 14 à 21 jours. Une fois adulte, l'insecte reste encore environ 4 jours dans sa logette avant de percer son trou de sortie. Entre la ponte et le trou visible, plusieurs semaines s'écoulent, ce qui explique que les dégâts se révèlent longtemps après la pose ou l'achat.
Le cycle complet va de 80 à 300 jours et peut atteindre deux ans. Dans un logement chauffé, il peut y avoir deux à trois générations par an, ce qui explique qu'une infestation discrète la première année devienne nettement plus visible l'année suivante. Sur la longévité de l'adulte, les sources ne s'accordent pas : le CICRP donne environ 2 mois pour le mâle et 4 mois pour la femelle, tandis que le FCBA indique une durée de vie de l'adulte de 8 à 12 mois. Les deux valeurs sont publiées sans arbitrage entre elles.
Pourquoi seulement certains feuillus
Le lyctus brun ne s'attaque pas à n'importe quel bois. Il vise l'aubier de certains feuillus précis : chêne, châtaignier, frêne, noyer, orme, saule, cerisier, ainsi que des bois tropicaux riches en amidon et le contreplaqué. La femelle ne pond que dans les vaisseaux dont le diamètre dépasse 0,05 mm, une structure propre à ces essences.
- Chêne
- Châtaignier
- Frêne
- Noyer
- Orme
- Saule
- Cerisier
- Bois tropicaux riches en amidon, contreplaqué
Le lyctus brun ne s'attaque jamais aux résineux. Le capricorne des maisons, lui, fait l'inverse : il ne touche que les résineux, et perce des trous ovales de 6 à 10 mm, bien plus larges que les trous circulaires de 1 à 2 mm laissés par le lyctus dans les feuillus. Les deux insectes se répartissent le bois selon sa nature, sans jamais se chevaucher.
La condition déterminante reste la richesse en amidon du bois, et cet amidon disparaît progressivement avec le temps. Le FCBA précise que l'insecte infeste plus souvent le bois dans ses premières années d'utilisation, avant que cette réserve ne s'épuise. C'est ce qui explique qu'un parquet ou un meuble récent soit une cible plus probable qu'un bois ancien de la même essence. Le bois doit par ailleurs être sec et intact : le développement est impossible en dessous de 7 % d'humidité du bois, et les conditions optimales se situent dans des locaux chauffés entre 17 et 23 °C, avec une humidité relative extérieure de 40 à 60 % et une humidité du bois autour de 14 %. L'activité de l'insecte est crépusculaire.
Reconnaître l'attaque
Le signe qui alerte en premier est une vermoulure extrêmement fine, volatile, comparée à de la fleur de farine, formant de petits cônes au pied du meuble ou sur le parquet. Elle se distingue nettement de la vermoulure granuleuse laissée par les vrillettes. Les trous de sortie sont circulaires, de 1 à 2 mm, et les galeries internes, larges de 1 à 3 mm, sont creusées dans le sens du fil du bois. Lorsque les trous d'envol deviennent visibles en nombre sur un ouvrage récent, le matériau est généralement déjà presque évidé sous la surface.
- Vermoulure très fine, en fleur de farine, formant de petits cônes
- Trous de sortie circulaires de 1 à 2 mm
- Galeries de 1 à 3 mm creusées dans le sens du fil du bois
- Trous d'envol visibles en nombre : signe tardif, le bois est presque évidé
Ne pas confondre avec une vrillette
La petite vrillette, Anobium punctatum, laisse une vermoulure granuleuse et creuse ses galeries dans toutes les directions, alors que le lyctus suit le fil du bois. Le critère qui tranche reste la tête de l'insecte adulte : large et bien visible chez le lyctus, elle est au contraire cachée sous le pronotum chez la vrillette. L'essence attaquée confirme le diagnostic, puisque le lyctus ne touche jamais les résineux.
Il existe une seconde espèce de lyctus présente en France, Lyctus linearis, mais aucune source consultée ne publie le critère morphologique qui la distingue de Lyctus brunneus. Ce point n'est pas documenté ici. Par ailleurs, aucune des sources consultées n'attribue au lyctus brun de piqûre, de morsure, de pouvoir urticant, d'allergie, ni de transmission d'agent pathogène.
Ce qui l'arrête
Dans le neuf, la protection des bois contre les insectes à larves xylophages est une obligation. Les articles L. 112-17 et R. 112-2 à R. 112-4 du code de la construction et de l'habitation, ainsi que leur arrêté d'application du 27 juin 2006, imposent que les bois et matériaux à base de bois participant à la solidité de l'ouvrage soient protégés, sur tout le territoire national. Cette obligation s'applique aux constructions dont le permis de construire a été déposé après le 1er novembre 2006, et aux travaux d'aménagement engagés à partir de cette même date. La protection peut venir d'une essence naturellement durable au sens de la norme NF EN 350, d'un traitement, ou d'un système constructif permettant de surveiller et de remplacer facilement les bois contaminés.
Dans le bâti existant, il n'existe en revanche aucune réglementation imposant un traitement préventif ou curatif contre ces insectes, à la différence du régime applicable aux termites. Le propriétaire d'un parquet ancien infesté n'a donc aucune obligation légale de traitement.
Le traitement professionnel commence toujours par un diagnostic et un sondage mécanique de l'ensemble des bois, seul moyen de révéler l'étendue réelle des dégâts sous une surface souvent intacte. Vient ensuite le bûchage des parties vermoulues, puis le brossage et le dépoussiérage des galeries et de la surface des bois. Le traitement en profondeur se fait par injection dans des puits forés tous les 33 cm, aux deux tiers de l'épaisseur du bois, ou par application d'un gel insecticide, complétés par une application de surface sur toutes les faces accessibles. En préventif, sur bois sain, seuls les ancrages et les bois en contact avec les maçonneries sont injectés. Les opérateurs qui interviennent sur ces chantiers doivent être titulaires d'un certificat biocide depuis juillet 2015.
Pour le mobilier et les parquets déjà en place, d'autres méthodes existent, utilisées notamment dans la conservation du patrimoine : l'anoxie, statique ou dynamique, qui prive les insectes d'oxygène pendant 21 jours, le froid entre moins 25 et moins 30 °C, la chaleur entre 50 et 55 °C, le rayonnement gamma à une dose minimale de 500 Gy, ou l'application de produits insecticides comme la perméthrine. Une dérogation européenne a autorisé la France à recourir à l'azote généré sur place pour ces traitements jusqu'au 31 décembre 2024, mais ce que ce statut est devenu ensuite n'est pas documenté ici.
