Charançon rouge du palmier
Rhynchophorus ferrugineus
Le charançon rouge du palmier est un coléoptère qui colonise l'intérieur des palmiers, où il se développe caché pendant des mois. L'espèce est présente en France continentale et en Corse, et son activité peut, en zone méditerranéenne, tuer un palmier dattier ou un palmier des Canaries en deux à trois générations. Son adulte mesure jusqu'à 35 mm et se reconnaît à son long rostre courbé, mais l'attaque elle-même reste très difficile à repérer avant un stade avancé.
Les repères biologiques · 11 septembre 2026
- Taille adulte
- 25,4 à 35 mm
- Couleur
- Le mâle porte une touffe de poils bruns sur le dessus du rostre, la femelle a un rostre nu, plus fin et plus incurvé.
- Cycle complet
- 82 jours en moyenne de l'oeuf à l'adulte émergent en Inde d'après l'EPPO. Attia et al. mesurent un cycle complet d'environ 320 jours en élevage sur pomme.
- Ponte
- 200 œufs par femelle
- Longévité
- 2 à 3 mois
Toute sa vie larvaire se déroule invisible à l'intérieur du stipe ou de la couronne du palmier, si bien qu'un arbre d'apparence saine peut déjà être condamné.
Ne pas confondre
1 espèces proches| Espèce | Ce qui la distingue | Taille | Où on la trouve |
|---|---|---|---|
| Charançon du blé Sitophilus granarius |
Le charançon du blé est uniformément brun foncé et brillant, avec un pronotum à ponctuations allongées et peu serrées, sans les deux taches jaunâtres sur les élytres ni la rangée de gros points le long du pronotum que porte le charançon du riz, une espèce très proche. | 3,5 à 5 mm |
Comparaison établie sur les caractères visibles à l'oeil nu. Un doute persistant se lève sur photo, auprès d'un professionnel ou d'un service d'hygiène communal.
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Les risques réels
Aucune source consultée n'attribue au charançon rouge du palmier de piqûre, de morsure ou de transmission de maladie à l'homme : le risque sanitaire documenté est nul pour les personnes.
Le risque réel est matériel et concerne l'arbre lui-même. En Méditerranée, deux à trois générations suffisent à tuer un palmier dattier ou un palmier des Canaries, et l'infestation reste très difficile à détecter à ses premiers stades. À Valence, en Espagne, environ 20 000 palmiers, principalement des Phoenix canariensis, ont été tués entre 2004 et 2009, pour une perte estimée à 16 millions d'euros. La chute de palmes ou du bourgeon terminal sur un palmier gravement atteint n'est pas quantifiée par les sources consultées, mais la mort du bourgeon terminal, elle, est documentée.
Avant d'appeler quelqu'un
Ce qui dépend de vousCe qui est utile
- Observer la couronne et le stipe à la recherche de trous rejetant des fibres mâchées, parfois accompagnés d'un suintement de liquide brun visqueux.
- Coller l'oreille contre le tronc pour détecter un bruit de craquement, signe documenté d'activité larvaire interne.
- Identifier l'espèce hôte : les palmiers les plus exposés sont le cocotier, le palmier dattier et le palmier des Canaries, parmi plus de 40 espèces d'Arecaceae concernées.
- Noter la date et l'emplacement précis des signes observés pour permettre un suivi dans le temps.
- Vérifier si un arrêté préfectoral s'applique dans le département, notamment en Provence-Alpes-Côte d'Azur ou en Occitanie.
- Inspecter les palmiers de moins de 20 ans du voisinage proche, car les adultes volent surtout sur de courtes distances mais peuvent détecter un site à plusieurs centaines de mètres.
Ce qui aggrave
- Attendre le flétrissement de la couronne pour agir, parce qu'à ce stade l'atteinte du bourgeon terminal est déjà avancée.
- Tailler ou blesser le palmier sans traiter la plaie ensuite, parce que la ponte se fait justement dans les parties tendres et fraîchement coupées.
- Installer des pièges lumineux en pensant attirer les adultes, parce que ce type de piège est documenté comme inefficace sur cette espèce.
- Se fier à l'apparence extérieure du palmier, parce que l'infestation est très difficile à détecter à ses premiers stades.
- Déplacer des palmes ou des troncs coupés vers un autre site sans vérification, parce que les larves se développent cachées à l'intérieur et peuvent ainsi être transportées sans être vues.
Ce que fait un professionnel
Et quand c'est le seul recoursUn professionnel commence par une inspection du stipe et de la couronne, complétée si besoin par un test acoustique ou par la pose de pièges à phéromone associés à un appât alimentaire, un dispositif dont l'efficacité mesurée reste de l'ordre de 35 % des insectes attirés. Si l'attaque est confirmée et encore limitée, il pratique une injection dans les galeries, répétée après quinze jours, une méthode qui permet à des palmiers en début d'infestation de récupérer. Il traite aussi préventivement les plaies fraîches après enlèvement de palmes dans les secteurs où le ravageur est déjà actif. Quand le palmier est gravement atteint ou que le stipe est compromis, l'abattage encadré par un professionnel devient le seul recours, en particulier lorsqu'un arrêté préfectoral impose des mesures sur les palmiers de la commune.
En détail
DryophthoridaeIdentification et morphologie
L'adulte du charançon rouge du palmier, Rhynchophorus ferrugineus, est un coléoptère brun rougeâtre de la famille des Dryophthoridae. Selon la fiche de l'EPPO, il mesure environ 35 mm de long sur 10 mm de large, avec un rostre long et courbé représentant environ un tiers de la longueur totale et des taches noires sur le dessus du thorax. Des mensurations obtenues en élevage par Attia et ses collègues donnent des valeurs plus modestes, 25,4 mm pour les mâles et 28,1 mm pour les femelles, un écart qui s'explique vraisemblablement par le milieu d'élevage artificiel utilisé dans cette étude plutôt que par une remise en cause de la mesure de terrain de l'EPPO.
Le dimorphisme sexuel se lit sur le rostre : le mâle porte une touffe de poils bruns sur le dessus, la femelle a un rostre nu, plus fin et plus incurvé, qui lui permet de creuser les galeries de ponte. L'œuf est blanc crème, oblong et brillant, d'environ 2,6 mm de long. La larve, apode, peut atteindre 50 mm de long et 20 mm de large à son dernier stade, et se nymphose dans un cocon de fibres de 50 à 95 mm.
Cycle de vie et reproduction
Toute la vie larvaire se déroule à l'intérieur du palmier, dans les palmes ou dans le stipe, et la femelle pond de préférence dans les parties les plus tendres de la plante. Sa ponte s'étale sur environ 45 jours et elle dépose plus de 200 œufs sur cette période, après une période de pré-ponte de 1 à 7 jours. L'incubation dure environ 3 jours d'après l'EPPO, contre 4,45 jours mesurés en élevage par Attia et ses collègues. Le nombre de stades larvaires varie de 7 à 13 selon les régions, une fourchette confirmée par les 13 stades observés en élevage.
La durée du développement larvaire varie fortement avec la température : de 36 à 78 jours en Inde, avec une moyenne de 55 jours, contre 40 jours en été et jusqu'à 160 jours en hiver et au printemps sous climat méditerranéen. La nymphose dure de 12 à 20 jours, puis l'adulte reste encore de 4 à 17 jours dans le cocon avant d'émerger. Au total, l'EPPO mesure un cycle complet de 82 jours en moyenne de l'œuf à l'adulte en Inde ; en élevage sur pomme, Attia et ses collègues mesurent un cycle bien plus long, environ 320 jours, ce qui ne décrit pas directement le développement dans un palmier en conditions françaises. L'adulte vit ensuite 2 à 3 mois, quel que soit le sexe. Le nombre de générations par an dépend de la température moyenne annuelle : moins d'une sous 15 °C, plus de deux au-dessus de 19 °C, avec jusqu'à trois générations documentées en Égypte. En zone méditerranéenne, deux à trois générations suffisent à tuer un palmier dattier ou un palmier des Canaries.
Où et quand le rencontrer en France
L'EPPO recense l'espèce en France continentale et en Corse. La base GBIF comptabilise 606 occurrences géolocalisées en France sur 7 318 dans le monde, un chiffre qui mesure un effort d'observation naturaliste et non une densité de population. L'insecte s'installe sur plus de 40 espèces d'Arecaceae, avec une préférence documentée pour le cocotier, le palmier dattier et le palmier des Canaries, mais aussi Areca catechu, Elaeis guineensis, Roystonea regia, Washingtonia robusta, Livistona, Brahea et Caryota ; un hôte hors palmiers est documenté, Strelitzia nicolai. Les adultes volent le plus souvent sur moins de 100 m, mais ils sont capables de parcourir jusqu'à 50 km par jour et de détecter un site d'élevage à au moins 900 m. Aucune source primaire consultée ne publie de calendrier mensuel de vol ou de ponte propre à la France.
Signes d'infestation
L'EPPO insiste sur un point : l'infestation est très difficile à détecter à ses premiers stades, ce qui justifie une inspection régulière tous les 45 jours des palmiers de moins de 20 ans. Les signes qui doivent alerter sont :
- des trous dans la couronne ou le stipe d'où sont éjectées des fibres mâchées, parfois avec un suintement de liquide brun visqueux ;
- un bruit de craquement perceptible en collant l'oreille contre le tronc, produit par les larves qui creusent à l'intérieur ;
- un bourgeon terminal ou une couronne flétris, signe d'une atteinte déjà avancée.
Un palmier peut donc paraître sain en surface alors qu'il est déjà colonisé.
Ce que dit la réglementation française
Depuis novembre 2025, le charançon rouge du palmier n'est plus classé organisme de quarantaine en France : l'arrêté du 28 avril 2025, publié le 2 mai 2025, a abrogé l'arrêté du 25 juin 2019 et supprimé les obligations nationales de lutte. L'espèce reste toutefois un organisme réglementé non de quarantaine. Des arrêtés préfectoraux régionaux maintiennent des mesures locales, notamment en Provence-Alpes-Côte d'Azur (arrêté du 13 janvier 2026, applicable au 14 janvier 2026) et en Occitanie (arrêté du 15 décembre 2025, applicable au 16 décembre 2025), ciblant le palmier des Canaries et le palmier dattier dans certaines communes. Au niveau européen, l'EPPO classe l'espèce en liste A2 des organismes réglementés, et le règlement d'exécution (UE) 2019/2072 la mentionne à la fois comme organisme de quarantaine à l'annexe III et comme organisme réglementé non de quarantaine à l'annexe IV, une catégorisation antérieure au changement de statut français de 2025.
Méthodes de traitement professionnelles
La gestion intégrée recommandée par l'EPPO combine plusieurs leviers. L'inspection visuelle régulière, tous les 45 jours sur les palmiers de moins de 20 ans, en est le socle. Le piégeage à phéromone appâté attire les adultes, mais son efficacité reste limitée, de l'ordre de 35 % des insectes attirés en test contrôlé ; les pièges lumineux, eux, ne fonctionnent pas sur cette espèce. Le traitement préventif des plaies fraîches, notamment après enlèvement de palmes, est recommandé dans les zones à forte activité du ravageur, et un traitement curatif par injection dans les galeries, répété après 15 jours, peut permettre à un palmier en début d'infestation de récupérer. La lutte biologique, par nématodes entomopathogènes ou champignons entomopathogènes, existe mais l'EPPO note qu'aucune solution de ce type n'a réussi à grande échelle sur le terrain de façon durable. Enfin, l'assainissement, l'enlèvement des palmes abîmées et, en dernier recours, l'abattage des palmiers gravement infestés complètent le dispositif.
Où on la trouve en France
L'EPPO recense l'espèce en France continentale et en Corse. Les mesures réglementaires régionales en vigueur portent sur la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et sur l'Occitanie.
Le nombre d'occurrences GBIF mesure un effort d'observation naturaliste, pas une densité de population ni une fréquence d'infestation. Il n'est publié ici que comme indicateur de présence documentée sur le territoire.
Ce que dit la réglementation
Fin de la lutte obligatoire nationale. Depuis novembre 2025, le charançon rouge du palmier n'est plus classé organisme de quarantaine et les obligations nationales de lutte ont été supprimées par l'arrêté du 28 avril 2025, publié le 2 mai 2025, qui abroge l'arrêté du 25 juin 2019. L'espèce demeure un organisme réglementé non de quarantaine.
Arrêtés préfectoraux régionaux. Les préfets peuvent prendre des arrêtés locaux. Deux sont recensés par la fiche Ecophyto PRO : l'arrêté PACA du 13 janvier 2026, applicable au 14 janvier 2026, et l'arrêté Occitanie du 15 décembre 2025, applicable au 16 décembre 2025. Ils maintiennent des mesures sur Phoenix canariensis et Phoenix dactylifera dans certaines communes.
Statut européen. L'EPPO classe l'espèce en liste A2 des organismes réglementés. Au niveau de l'Union européenne, elle figure comme organisme de quarantaine à l'annexe III du règlement d'exécution (UE) 2019/2072 et comme organisme réglementé non de quarantaine à l'annexe IV.
Sanctions pénales.
Sources. GBIF Backbone Taxonomy, fiche Rhynchophorus ferrugineus, Global Biodiversity Information Facility, consulté le 11 septembre 2026 EPPO Datasheet: Rhynchophorus ferrugineus, fiche de la base EPPO Global Database, section mise à jour le 9 juin 2020, OEPP, Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes, organisation intergouvernementale dont le siège est à Paris, consulté le 11 septembre 2026 ATTIA S., ABDENNOUR N., CHAABANE H., KHCHINE K., KALLEL S. et BEN JAMAA M. L., Évaluation de différents traits d'histoire de vie du charançon rouge Rhynchophorus ferrugineus (Olivier, 1790), Bulletin de la Société royale des sciences de Liège, volume 91, numéro 1, 2022, DOI 10.25518/0037-9565.10891, Bulletin de la Société royale des sciences de Liège, revue scientifique à comité de lecture, Université de Liège, consulté le 11 septembre 2026 Le charançon rouge des palmiers, organisme réglementé, fiche réglementaire n° 17, mise à jour avril 2026, Ecophyto PRO en zones non agricoles, portail du plan national Ecophyto, consulté le 11 septembre 2026 GBIF Occurrence Search, filtre country=FR, taxonKey=6132234, Global Biodiversity Information Facility, consulté le 11 septembre 2026
