Le milieu tranche avant l'animal
Vous entendez des bruits de course et de griffes au-dessus du plafond, la nuit ou en soirée, et vous cherchez à savoir si l'animal installé dans vos combles est une fouine ou une martre des pins. Avant même de chercher à l'apercevoir, un seul élément règle la question dans l'immense majorité des cas : l'endroit où vous habitez.
La fouine, Martes foina, fréquente des habitats très variés, paysages ouverts, agricoles, rocheux ou fermés, et se rencontre fréquemment en ville. Elle s'installe volontiers dans les greniers et les combles des habitations, mais aussi dans un arbre creux, un tas de pierres, une carrière ou une grange, et se creuse parfois un terrier.
La martre des pins, Martes martes, est à l'inverse un animal essentiellement forestier. Elle vit dans des espaces boisés de superficie importante, forêts de résineux, de feuillus ou mixtes, évite souvent les clairières en journée et se tient généralement à l'écart des habitations. Une présence en bâtiment reste donc l'exception, réservée à des constructions isolées en lisière ou en coeur de massif forestier.
- Combles ou grenier en zone urbanisée ou pavillonnaire : presque toujours une fouine.
- Bâtiment isolé en pleine forêt ou en lisière d'un grand massif boisé : une martre reste possible.
- Terrain avec poulailler attaqué : compatible avec la fouine, qui figure explicitement dans l'arrêté pour les élevages avicoles.
- Terrain avec rucher attaqué : compatible avec la martre, seule des deux visée par l'arrêté pour l'élevage apicole.
La bavette, le critère classique
Quand l'animal se laisse entrevoir, même une seconde, la bavette de gorge est le critère qui tranche le plus vite. Chez la fouine, elle est blanche et se prolonge sur le haut des pattes antérieures. Chez la martre, elle est jaune orangé et se prolonge entre les pattes antérieures, pas sur elles.
Deux critères permettent de confirmer une observation rapide ou une photo prise sur le vif. La truffe est rosâtre chez la fouine et noire chez la martre. Les pelotes plantaires, la peau sous les pattes, sont nues chez la fouine et couvertes de poils chez la martre.
Le pelage donne une troisième indication, moins immédiate. Celui de la fouine est brun gris, peu dense, laissant apparaître des poils de bourre plus clairs sous les poils de jarre. Celui de la martre est brun et dense. Chez la martre, les oreilles sont arrondies, avec une bordure et un intérieur plus pâles que le reste du pelage, un détail qui ne se voit qu'à courte distance ou sur une photo nette.
- Bavette blanche prolongée sur les pattes avant : fouine.
- Bavette jaune orangé prolongée entre les pattes avant, sans monter dessus : martre.
- Truffe rosâtre : fouine. Truffe noire : martre.
- Pelotes plantaires nues : fouine. Pelotes plantaires poilues : martre.
Les traces laissées sur place
L'animal se montre rarement en pleine action, mais il laisse des indices observables sans le voir. Le signe le plus courant reste le bruit nocturne, course, griffures, objets qui roulent au-dessus du plafond, cohérent avec une espèce active la nuit ou en soirée.
L'odeur est un indice propre à la fouine. Elle dégage une odeur forte et persistante, comparable à celle du putois, alors que la martre ne se signale pas de cette façon. Des restes de repas et des coquilles d'oeufs abandonnés dans un grenier ou une dépendance pointent vers un régime carnivore opportuniste, petits mammifères, oiseaux, oeufs, insectes et fruits en été, commun aux deux espèces.
Sur un véhicule garé près de la maison, des isolants arrachés et des durites ou câbles mordus dans le compartiment moteur signalent un conflit documenté ailleurs en Europe. À Cracovie, en Pologne, les garagistes interrogés ont recensé 1 135 incidents en 2010 et 1 219 en 2023, un nombre stable en valeur absolue mais en baisse une fois rapporté au parc automobile immatriculé. Depuis 2023, certains constructeurs intègrent des répulsifs anti-martres, sans que leur efficacité fasse consensus parmi les personnes interrogées. Aucune mesure équivalente n'a été trouvée pour la France.
Pour écarter la piste d'un rongeur, l'échelle du bruit aide à trier sur le terrain, un mustélidé d'un à deux kilos déplace des objets et produit des bruits sourds et espacés, un rat surmulot produit des grattements continus et fins. Ce repère est publié comme aide au tri sur le terrain, pas comme donnée biologique établie, et la confirmation passe par les crottes et par la taille des ouvertures utilisées.
- Bruits nocturnes sourds et espacés, objets déplacés : compatible fouine ou martre.
- Grattements continus et fins : plutôt un rongeur, à confirmer sur les crottes.
- Odeur forte et persistante, proche du putois : signe propre à la fouine.
- Isolants et câbles mordus dans un moteur : conflit connu, avec la réserve que les seuls chiffres disponibles viennent de Pologne, pas de France.
Pourquoi l'espèce change la marche à suivre
Ni la fouine ni la martre ne sont des espèces protégées au titre de l'article L. 411-1 du code de l'environnement, mais leur destruction reste strictement encadrée. Elle relève du régime des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts, ouvert uniquement dans les départements où l'espèce figure en annexe de l'arrêté du 3 août 2023, pour la période 2023-2026. Hors de ces départements et hors des conditions fixées, ni la capture ni la mise à mort ne sont autorisées, et un particulier ne peut pas en décider seul.
Le classement ne couvre pas les deux espèces de la même façon. La fouine est inscrite dans 67 départements, la martre dans 25 seulement, parfois sur la totalité du département, parfois sur une liste limitative de communes. C'est la raison concrète pour laquelle l'identification n'est pas un détail, une martre capturée accidentellement dans un département où elle n'est pas classée doit être relâchée immédiatement, en application de l'article 4 de ce même arrêté.
Le piégeage de la belette, de la fouine et de la martre est possible toute l'année, mais seulement à moins de 250 mètres d'un bâtiment ou d'un élevage particulier ou professionnel, ou sur des terrains d'élevage avicole, et apicole dans le cas de la martre. La destruction à tir, elle, est exclue en zone urbanisée, elle nécessite une autorisation préfectorale individuelle, entre la clôture générale de la chasse et le 31 mars au plus tard, et pour la martre s'ajoute la condition qu'il n'existe aucune autre solution satisfaisante. En ville, la seule voie légale reste donc le piégeage par un piégeur agréé, ou l'exclusion mécanique des combles.
Toute personne qui pose des pièges doit être agréée par le préfet de son département, après une formation d'au moins seize heures organisée par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage, une fédération de chasseurs ou un organisme habilité. La pose fait l'objet d'une déclaration préalable en mairie, valable trois ans, et les pièges doivent être visités tous les matins, au plus tard à midi. Seuls certains modèles sont autorisés, dont la boîte à fauve, qui capture l'animal vivant et reste le dispositif utilisé en milieu habité. Les destructions par tir ou piégeage sont par ailleurs suspendues sur les parcelles où sont menées des opérations de lutte chimique contre les campagnols, pendant toute leur durée.
- Identifier l'espèce détermine si une intervention est légale dans votre département.
- Une capture accidentelle de l'espèce non classée doit être relâchée immédiatement.
- Le tir est exclu en zone urbanisée, quelle que soit l'espèce.
- Seul un piégeur agréé par le préfet, avec déclaration en mairie, peut légalement poser un piège.
