L'arbre porteur tranche presque toujours
Une procession de chenilles sur l'écorce, un nid volumineux accroché dans les branches : avant de chercher comment s'en débarrasser, il faut d'abord regarder sur quel arbre la colonie s'est installée. C'est le repère le plus simple, celui qui ne demande ni loupe ni manipulation, et il suffit dans la grande majorité des cas.
La processionnaire du pin, Thaumetopoea pityocampa, s'installe sur toutes les espèces de pins, pin noir d'Autriche, pin laricio, pin sylvestre, pin d'Alep, pin maritime, ainsi que sur les cèdres, dont le cèdre de l'Atlas. Elle peut aussi, de façon occasionnelle, coloniser un Douglas, un cyprès de Lambert, un sapin, ou un mélèze, un nid ayant déjà été observé sur cette essence jusqu'au début de l'hiver.
La processionnaire du chêne, Thaumetopoea processionea, est beaucoup plus exclusive. Elle ne s'attaque qu'aux chênes à feuilles caduques, principalement le chêne pédonculé et le chêne sessile. Un chêne vert ou un arbre qui n'est pas un chêne écarte d'emblée cette espèce.
- Sur un pin, un cèdre, ou plus rarement un Douglas, un cyprès de Lambert, un sapin ou un mélèze : processionnaire du pin.
- Sur un chêne pédonculé ou un chêne sessile : processionnaire du chêne.
- Sur tout autre feuillu, ou sur un résineux qui n'est ni pin ni cèdre : il s'agit d'une autre espèce, à identifier autrement.
Le nid, soyeux ou plaqué
Le deuxième repère, presque aussi fiable que l'arbre, est la forme et la position du nid. Les deux espèces tissent de la soie, mais pas de la même façon ni au même endroit.
Le nid de la processionnaire du pin est une bourse de soie blanche, dense, tissée en automne sur la partie la plus ensoleillée de l'arbre et généralement en hauteur. Cette exposition au soleil accumule la chaleur nécessaire au développement des chenilles pendant l'hiver. Avant l'apparition de ce nid d'hiver, les jeunes chenilles s'abritent dans des pré-nids soyeux successifs, plus petits, qu'elles abandonnent au fil de leurs déplacements sur les rameaux.
Le nid de la processionnaire du chêne prend une forme différente : une plaque ou un sac plaqué directement sur le tronc ou sous les grosses branches, et non aux extrémités des rameaux. Sa taille grossit avec l'âge des chenilles et leur nombre. Dans les deux cas, un nid apparemment vide reste une source de soies urticantes, y compris en hiver pour celui du chêne.
- Bourse de soie blanche, en hauteur, aux extrémités des branches, exposée au soleil : processionnaire du pin.
- Plaque ou sac plaqué sur le tronc ou sous les grosses branches charpentières : processionnaire du chêne.
Deux calendriers décalés
La processionnaire du pin, active l'hiver
Le cycle de la processionnaire du pin est calé sur la saison froide. Les chenilles tissent leur nid d'hiver en automne et poursuivent leur développement larvaire durant tout l'hiver, à l'abri dans ce nid. Elles se nourrissent la nuit des aiguilles de l'arbre. Selon l'Agence régionale de santé Centre-Val de Loire, les chenilles processionnaires du pin sont urticantes et allergisantes de novembre à mars. L'ANSES précise qu'on les croise majoritairement entre janvier et mai, mais aussi entre octobre et décembre dans les régions océaniques.
C'est en hiver ou au printemps, parfois à l'automne en climat océanique, que les chenilles quittent l'arbre en procession pour aller s'enterrer et se nymphoser : c'est la procession de nymphose, le moment où l'exposition aux soies urticantes est la plus forte, puisque les chenilles traversent au sol des espaces fréquentés, jardins, cours, chemins. Le réseau des Centres antipoison enregistrait en moyenne 30 dossiers d'exposition symptomatique à la processionnaire du pin en mars, 85 % des dossiers survenant entre janvier et avril.
La processionnaire du chêne, active du printemps à l'été
La processionnaire du chêne suit un calendrier inverse. Elle passe l'hiver au stade oeuf, sous forme de plaques grises déposées sur de fins rameaux en haut du houppier dès la fin de l'été. Les chenilles éclosent au printemps et se développent durant le printemps et l'été. L'ARS Centre-Val de Loire situe la période urticante et allergisante de mai à juillet, et l'ANSES indique qu'on l'observe majoritairement entre avril et juillet. Les Centres antipoison enregistraient en moyenne 8,5 dossiers en juin, 90,7 % des dossiers survenant entre avril et juillet.
Contrairement à la processionnaire du pin, celle du chêne ne descend pas au sol pour se nymphoser : la nymphose a lieu directement sur l'arbre, et les chenilles restent en procession entre le nid et les rameaux, sur le tronc. Les risques d'urtication se prolongent tant que des exuvies restent accrochées aux troncs après la nymphose, et les reliquats de nids conservent leur potentiel urticant même en hiver.
Pourquoi la distinction compte
Savoir à quelle espèce on a affaire change concrètement où et quand rester vigilant. Face à la processionnaire du pin, le risque se concentre en hiver et au printemps, avec un point critique au sol pendant la procession de nymphose : c'est le moment où les soies se retrouvent dans l'herbe, sur une terrasse, sur le pelage d'un chien qui explore le jardin.
Face à la processionnaire du chêne, le risque se déplace au printemps et en été, et se concentre à hauteur du tronc plutôt qu'au sol. Les amas de chenilles et de soies se forment sur les charpentières et l'écorce, exactement là où un enfant grimpe ou où l'on s'appuie pour jardiner.
Pour un gestionnaire d'arbres ou d'espaces verts, l'enjeu dépasse la seule urtication. Une défoliation par la processionnaire du pin ne tue généralement pas l'arbre à elle seule, mais l'affaiblit et le rend plus sensible aux ennemis de faiblesse comme les scolytes ou le pissode. Chez le chêne, les populations évoluent par gradations qui peuvent s'étaler sur 3 à 5 ans jusqu'à une phase de culmination, suivie d'une chute brutale due à l'intervention massive des ennemis naturels ; un équilibre s'établit ensuite et les parasites maintiennent la population à un niveau peu dommageable pendant de longues années.
La confusion la plus fréquente reste entre ces deux espèces, mais d'autres chenilles peuvent y prêter. Le bombyx disparate, Lymantria dispar, n'est pas grégaire, ses chenilles peuvent se laisser suspendre par un fil de soie, et ses pontes se déposent sur n'importe quel support, tronc, pierre, mur. La processionnaire d'été, Thaumetopoea pinivora, rare en France, vit à l'air libre sur les pins d'altitude sans construire de nid d'hiver. Dans les deux cas, l'arbre porteur, le nid et la saison, les trois critères déjà vus, suffisent à écarter ces confusions.
Dans tous les cas, qu'il s'agisse du pin ou du chêne, un nid ne se manipule pas à mains nues, qu'il paraisse actif, abandonné, ou même vide : les soies urticantes s'y accumulent et restent actives longtemps après le départ des chenilles.
