Le cycle en une lecture
Un nid blanc et soyeux vient d'apparaître sur un pin, ou une chenille processionnaire traverse la terrasse en file indienne. La question n'est pas seulement de savoir si le nid doit être enlevé, mais à quel moment précis intervenir, parce que le mauvais mois transforme une opération simple en manipulation dangereuse. Il existe deux espèces avec des calendriers décalés : la processionnaire du pin, Thaumetopoea pityocampa, active surtout l'hiver, et la processionnaire du chêne, Thaumetopoea processionea, active au printemps et en été.
Chez le pin, la ponte a lieu en été, sur les aiguilles. L'éclosion survient entre 32 et 38 jours après la ponte selon l'INRAE, ou entre 30 et 45 jours selon l'ARS Centre-Val de Loire. Les chenilles passent par 5 stades larvaires et deviennent urticantes à partir du troisième stade, quand apparaissent des soies en forme de harpon. Elles tissent un nid d'hiver reconnaissable, puis quittent l'arbre en procession pour aller s'enfouir dans le sol, entre 5 et 20 centimètres de profondeur, où elles se nymphosent.
Chez le chêne, la ponte a lieu en été, de mi-juillet à mi-août, sous forme de plaques d'oeufs grises appelées ooplaques, déposées sur de fins rameaux en haut des houppiers. L'insecte passe l'hiver uniquement au stade oeuf. L'éclosion survient au printemps, quelques jours avant le débourrement des chênes, vers mi-avril. Les chenilles traversent 6 stades larvaires sur une durée de 2 à 3 mois, entre mi-avril et fin juin, et deviennent urticantes à partir du troisième stade, vers fin mai. La nymphose a lieu début juillet, sur le tronc ou les grosses branches, et les papillons émergent l'été, de mi-juillet à fin août selon le livret INRAE.
- Processionnaire du pin : intensité des expositions la plus forte en janvier, février et mars, nulle de juin à septembre.
- Processionnaire du chêne : intensité la plus forte de mai à juillet, présente à un niveau réduit le reste de l'année à cause des nids et des soies résiduels.
La fenêtre de l'échenillage
Pin : avant la procession d'hiver
Pour le pin, l'échenillage, c'est à dire le prélèvement et la destruction manuelle des nids et des pontes, peut se faire dès l'apparition des cocons blancs et avant la période de procession, selon la fiche Agiir de l'INRAE. Les nids coupés doivent être détruits par incinération ou par trempage pendant 24 heures dans un bac d'eau additionnée d'un mouillant, car la soie qui recouvre le nid le protège efficacement de l'eau comme du feu. La combinaison, les gants, les lunettes et le masque sont obligatoires, y compris sur un nid qui paraît vide.
Chêne : un retrait plus délicat
Pour le chêne, l'INRAE recommande d'intervenir le matin, par temps humide, en pulvérisant abondamment une solution d'eau savonneuse sur le nid avant de le décrocher humide, puis de l'emballer dans un sac étanche. Cette technique n'est pas adaptée aux grands arbres ni aux grandes surfaces. Là encore, les soies urticantes se trouvent en grande quantité dans les nids même vides, l'équipement complet reste indispensable.
En complément de l'échenillage, un traitement au Bacillus thuringiensis kurstaki (Btk) peut être appliqué par un professionnel sur le feuillage. Chez le pin, il vise les chenilles aux stades L1 à L4, principalement de septembre à décembre, à au moins cinquante mètres de tout point d'eau, sans pulvérisation aérienne. Chez le chêne, il cible les mêmes stades, principalement en mai, et exige des conditions précises : vent inférieur à 18 km/h, absence de pluie, une résistance limitée à 8 ou 10 jours qui impose parfois une seconde application dans la saison.
Le piégeage des processions
Le piégeage des papillons, en été
Le piégeage à phéromone de synthèse attire les papillons mâles pendant leur période de vol, pour réduire les accouplements et le nombre de pontes. Chez le pin, cette période se situe en été : les diffuseurs restent actifs environ 3 à 4 mois, à raison de 6 pièges par hectare pour de petits îlots de résineux, ou d'un piège tous les 25 mètres pour des arbres d'alignement. Les pièges sont démontés et vidés en fin de vol pour être réutilisés l'année suivante.
Chez le chêne, le piégeage des papillons démarre à partir de début juillet, avec une meilleure efficacité si les pièges sont accrochés à plus de 8 mètres de hauteur. L'INRAE présente cette méthode davantage comme un outil de surveillance de la population que comme un véritable outil de lutte : à l'échelle de grands massifs, le nombre de pièges nécessaires devient trop contraignant.
Le piégeage des chenilles, juste avant l'enfouissement
Chez le pin, un écopiège de tronc peut être installé : une gouttière placée autour du tronc intercepte les chenilles qui partent en procession de nymphose et les dirige vers un sachet de terre où elles s'enfouissent. Un piège par arbre infesté suffit, posé hors de portée des enfants, avec un colmatage soigné des interstices à la pâte à papier mouillée. Le piège doit impérativement être installé avant le départ en procession, une date qui dépend du climat local. Le retrait des sachets, en fin de période, se fait avec gants, lunettes et masque, car ils contiennent une grande quantité de soies urticantes.
Le complément biologique
Des nichoirs à mésanges et à chauves-souris peuvent être installés en début d'automne, avant la nidification, à plus de 1,80 mètre de hauteur, avec un nettoyage annuel. Chez le pin, on compte 8 à 20 nichoirs par hectare. Chez le chêne, un orifice de 28 mm convient à la mésange bleue et un orifice de 32 mm à la mésange charbonnière. L'INRAE précise toutefois que cette méthode pourrait contribuer à limiter les populations, sans que son efficacité réelle soit établie par des études poussées.
Les mois où il ne faut rien tenter
Dès que les chenilles atteignent le troisième stade larvaire, elles portent des soies urticantes actives, et la procession devient l'un des moments les plus risqués du cycle. Chez le pin, l'ARS Centre-Val de Loire situe la période urticante et allergisante de novembre à mars, tandis que l'ANSES l'étend de janvier à mai, avec un prolongement d'octobre à décembre dans les régions océaniques. Chez le chêne, l'ARS situe cette période de mai à juillet, l'ANSES d'avril à juillet. Pendant ces fenêtres, mieux vaut ne pas manipuler soi même un nid ou une chenille sans équipement professionnel complet.
Les chiffres des Centres antipoison confirment cette saisonnalité : 30 dossiers d'exposition symptomatique en moyenne au mois de mars pour le pin, avec 85 % des dossiers enregistrés de janvier à avril ; 8,5 dossiers en moyenne au mois de juin pour le chêne, avec 90,7 % des dossiers d'avril à juillet. Entre le 1er janvier 2012 et le 31 juillet 2019, 1 274 cas d'exposition symptomatique ont été recensés par les Centres antipoison, dont 96,3 % de gravité faible, 3,5 % de gravité moyenne et deux cas seulement classés en gravité forte.
Un nid qui paraît vide, ou une saison classée à faible risque dans le calendrier, ne supprime pas le danger : les soies urticantes restent présentes dans les nids d'hiver comme dans les nids de nymphose, parfois plusieurs années après leur abandon. Chez le chêne, elles sont en plus disséminées par le vent pendant tout l'été.
- Chenilles visibles en procession au sol, ou à moins de deux mètres d'un accès emprunté par des enfants ou des animaux.
- Nid situé hors de portée pour un retrait sans échelle ni matériel d'élagage adapté.
- Vent fort, qui disperse davantage les soies urticantes.
- Absence de combinaison, gants, lunettes et masque, y compris face à un nid qui semble vide.
