Traitement de la chenille processionnaire du chêne : les méthodes que les professionnels appliquent
Ce guide détaille sept méthodes professionnelles contre la chenille processionnaire du chêne, leur principe, leur stade cible et leurs limites réelles. Le lecteur saura aussi quels gestes il peut faire seul et où commence l'intervention spécialisée.
Un nid de chenille processionnaire du chêne repéré sur un arbre du jardin ou d'un espace public pose un problème immédiat : les soies urticantes qu'il contient restent actives même quand le nid paraît vide ou abandonné. Le geste réflexe, aller le décrocher soi-même avec une perche ou un sac plastique, expose sans protection adaptée à un contact avec ces soies.
Le calendrier compte autant que la méthode. Un traitement au Bacillus thuringiensis kurstaki lancé hors du mois de mai, quand les chenilles ont dépassé le stade L4, perd une grande partie de son intérêt. Un piégeage à phéromone posé en cas de forte population n'apportera pas le contrôle attendu, puisque cette technique reste avant tout un outil de surveillance sur les populations faibles.
Face à ces contraintes de calendrier, d'équipement et d'échelle, la question n'est pas seulement quelle méthode utiliser, mais qui peut l'appliquer et à quel moment du cycle de l'insecte.
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Les méthodes, ce qu'elles font et quand elles s'imposent
Chenille processionnaire du chêneLutte mécanique, retrait des nids
Le retrait manuel consiste à repérer les nids, pulvériser une eau savonneuse dessus, puis les décrocher ou les aspirer avant de les enfermer dans des sacs étanches. L'INRAE recommande d'intervenir le matin, par temps humide, et de pulvériser abondamment la solution avant de retirer le nid humide. Cette méthode cible les nids de nymphose et les colonies. Elle n'est pas adaptée aux grands arbres ni aux grandes surfaces. Une combinaison, un masque, des gants et des lunettes sont indispensables, car les soies urticantes restent présentes en grande quantité dans les nids, même vides.
Lutte microbiologique au Bacillus thuringiensis kurstaki
Une préparation contenant la bactérie Btk est pulvérisée sur le feuillage, principalement en mai, lorsque les chenilles sont aux stades L1 à L4. L'application exige des conditions climatiques précises : un vent inférieur à 18 km/h, une légère humidité relative et l'absence de pluie. Le Btk garde une résistance courte, de 8 à 10 jours, ce qui impose parfois une seconde application dans la saison. Il touche toutes les larves de lépidoptères présentes sur la zone traitée, pas seulement la processionnaire, ce qui peut affecter des chenilles non ciblées.
Piégeage des papillons à phéromone de synthèse
Des pièges à phéromone de synthèse sont disposés en quadrillage pour attirer les papillons mâles pendant leur période de vol, à partir de début juillet. Leur efficacité est meilleure lorsqu'ils sont accrochés à plus de 8 mètres de hauteur. La méthode ne fonctionne que sur des populations faibles, sur de petits bosquets ou des arbres isolés. L'INRAE la présente d'abord comme un outil de surveillance de la dynamique de population, préalable à d'autres techniques, plutôt que comme un outil de lutte à part entière. Sur de grands massifs ou en cas de pullulation, le nombre de pièges nécessaires devient trop important pour rester praticable.
Pose de nichoirs à mésanges et à chauves-souris
Les nichoirs se posent en début d'automne, avant la nidification, à plus de 1,80 mètre de hauteur, avec un trou d'entrée orienté à l'abri des vents dominants et du soleil. Un nettoyage annuel à l'automne est obligatoire. Un orifice de 28 mm convient à la mésange bleue, Cyanistes caeruleus, un orifice de 32 mm à la mésange charbonnière, Parus major, et permet aussi à d'autres mésanges de nidifier. Les nichoirs en bois et en béton-bois donnent des résultats équivalents. L'INRAE reste prudente sur l'efficacité réelle : elle écrit que cette installation pourrait contribuer à contrôler les populations, sans que l'impact des mésanges et des chauves-souris sur le taux d'infestation soit démontré par des études poussées.
Gestion paysagère et sylvicole
Diversifier les essences d'un peuplement réduit le nombre et l'accessibilité des arbres hôtes et crée un refuge pour les ennemis naturels de la processionnaire. C'est une action de prévention à moyen terme, pas un traitement d'une infestation en cours. Dans les cas d'arbres infestés de manière récurrente, l'abattage prophylactique est une option retenue par l'INRAE.
Combinaison des méthodes
Chaque technique vise un stade précis du cycle de la processionnaire, donc aucune ne suffit seule sur une saison entière. L'INRAE propose de les articuler dans le temps : nichoirs posés en début d'automne, retrait manuel des nids avec équipement adapté, pièges à phéromone installés avant le vol des papillons début juillet, traitement au Btk en mai pendant que les chenilles sont encore aux premiers stades. Une restriction s'applique : le piégeage à phéromone et la confusion sexuelle ne peuvent pas être associés sur la même zone.
Confusion sexuelle et parasitoïdes oophages
La confusion sexuelle vise à saturer l'air de phéromone sexuelle pour empêcher les papillons mâles de localiser les femelles. Des recherches portent aussi sur des parasitoïdes oophages, qui pondent dans les oeufs de la processionnaire. Ces deux pistes restent au stade de la recherche : selon le livret INRAE de 2020, aucune autorisation de mise sur le marché n'existe en France pour ces diffuseurs. Cette donnée date de 2020 et n'a pas été revérifiée pour cette page. Elle doit être traitée comme une piste d'étude, jamais comme une prestation proposée aujourd'hui.
Efficace, inutile
DépartageCe qui marche
- Faire retirer les nids par un professionnel équipé d'une combinaison, d'un masque, de gants et de lunettes.
- Programmer le traitement au Bacillus thuringiensis kurstaki en mai, quand les chenilles sont aux stades L1 à L4.
- Poser des nichoirs à mésanges dès le début de l'automne, à plus de 1,80 mètre de hauteur.
- Nettoyer les nichoirs chaque automne avant la nidification suivante.
- Installer les pièges à phéromone à plus de 8 mètres de hauteur, seulement si la population est faible.
- Favoriser le mélange d'essences dans la gestion des arbres pour réduire les arbres hôtes accessibles.
Ce qui ne marche pas
- Retirer un nid soi-même sans équipement complet : les soies urticantes restent actives même dans un nid vide.
- Compter sur le seul piégeage à phéromone en cas de forte population ou de pullulation.
- Associer piégeage à phéromone et confusion sexuelle, deux méthodes incompatibles selon l'INRAE.
- Chercher un diffuseur de confusion sexuelle : aucune autorisation de mise sur le marché n'existe en France.
- Traiter au Bacillus thuringiensis kurstaki en dehors du mois de mai ou après le stade L4.
- Considérer une seule application de Btk comme suffisante sur toute la saison, au-delà de 8 à 10 jours.
Sources. La processionnaire du chêne, mieux la connaître pour mieux s'en protéger, livret à destination du grand public, auteurs A.-S. Brinquin, C. Bailly, J.-C. Martin, H. Schmuck, INRAE, centres Provence-Alpes-Côte d'Azur et Grand-Est, fiche technique 4, la lutte mécanique, et chapitre 2, les bonnes pratiques pour éliminer les nids de nymphose, consulté le 11 septembre 2026
