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Chenille processionnaire du pin : quels risques réels pour la santé

Ce guide distingue les effets confirmés par les Centres antipoison des seules impressions liées aux chenilles processionnaires du pin. Vous saurez qui est le plus exposé, à quel moment le risque devient réel, et ce qui reste rare malgré la fréquence des expositions.

1 274 casCas recensés
0,2 % (2 cas)Gravité forte
Dès stade L3Stade urticant
51,5 % des casSans contact direct

Un nid de chenilles processionnaires du pin dans un arbre du jardin, ou une procession repérée sur une terrasse, pose une question concrète : faut-il s'inquiéter, et pour qui. La réponse ne tient pas à une impression, elle tient à ce que les organismes de santé ont mesuré sur plusieurs années d'exposition en France.

Le risque vient des soies urticantes que la chenille libère dès le troisième stade larvaire, à partir de la fin de l'automne. Ces soies se détachent dans l'air, se déposent sur les surfaces, les objets, les vêtements ou le pelage des animaux, et provoquent une réaction au contact de la peau, des yeux ou des voies respiratoires, sans qu'il soit nécessaire de toucher la chenille elle-même.

Les données recueillies par les Centres antipoison entre 2012 et juillet 2019 permettent de distinguer ce qui est établi, le mécanisme, la fréquence des réactions bénignes, les populations et zones du corps concernées, de ce qui reste très rare, les cas graves, au nombre de deux sur plus de mille dossiers documentés.

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Ce qui est documenté, ce qui ne l'est pas

Chenille processionnaire du pin

Réactions cutanées, oculaires, respiratoires et digestives

Les soies urticantes sont des soies détachables en forme de harpon d'environ 200 micromètres. En se plantant dans la peau ou les muqueuses, elles libèrent une toxine, la thaumétopoéine, qui déclenche une réaction inflammatoire : rougeurs, démangeaisons, douleur, oedème localisé, urticaire et parfois petites cloques sur la peau ; conjonctivite, larmoiement et douleur oculaire, plus rarement kératite ; toux et gêne respiratoire.

Allergie en cas d'exposition répétée

Une exposition répétée au venin des soies peut provoquer une allergie qui s'aggrave progressivement. Chez les professionnels de la forêt, exposés régulièrement, cette allergie peut devenir très invalidante et aller jusqu'à une baisse brutale de la tension artérielle, un malaise ou une perte de connaissance.

Une exposition possible sans contact direct

Il n'est pas nécessaire d'avoir touché une chenille pour développer des symptômes. Sur les cas enregistrés par les Centres antipoison entre 2012 et juillet 2019 dont l'information était précisée, 51,5 % des personnes exposées avaient été en contact avec des poils aéroportés ou déposés sur une surface, un objet, un vêtement ou un animal, sans contact direct avec la chenille ; 37,5 % avaient eu un contact direct, et 11 % les deux.

Le volume et la gravité des cas en France

1 274 cas d'exposition symptomatique ont été enregistrés par les Centres antipoison entre le 1er janvier 2012 et le 31 juillet 2019, dont 59,1 % liés à la processionnaire du pin. Sur les 1 022 cas documentés individuellement, la gravité était faible dans 96,3 % des cas, moyenne dans 3,5 % et forte dans seulement 0,2 %. Ce chiffre reste une déclaration aux Centres antipoison, pas une mesure de l'ensemble des expositions réelles.

Qui est le plus exposé

Sur les 1 022 cas documentés, l'âge allait de 2 mois à 87 ans, avec un âge médian de 11 ans, et 25,8 % des personnes avaient moins de 5 ans. L'ANSES précise que cette proportion d'enfants n'est pas propre aux chenilles : elle est comparable à celle de l'ensemble des intoxications accidentelles, tous agents confondus (28,2 %).

Les voies d'exposition les plus fréquentes

Près de 90 % des personnes ont été exposées par une seule voie. L'exposition, seule ou associée, est majoritairement cutanée (92,7 % des cas), puis oculaire (6,9 %), orale (6,3 %) et respiratoire (3,8 %).

Deux cas graves documentés

Sur sept ans et demi de recueil, deux cas de gravité forte ont été rapportés. Un enfant de 3 ans, après ingestion d'une chenille, a présenté un oedème de la langue et des lèvres et une hypersalivation, avec hospitalisation de deux jours et évolution favorable. Un homme de 51 ans allergique aux hyménoptères, ayant reçu des cocons sur le cou, a développé une urticaire géante, une dysphonie et une dysphagie, traitées à l'hôpital, avec évolution rapidement favorable.

Le danger persiste après le départ des chenilles

Les soies urticantes restent présentes dans les nids même vides, parfois plusieurs années après. Manipuler un nid abandonné reste dangereux : le potentiel urticant ne disparaît pas avec le départ des chenilles.

Le risque pour les chiens et les chats

Les cas d'exposition animale déclarés concernent presque exclusivement la processionnaire du pin : les chiens représentent 92 % des cas, les chats environ 7 %. Les lésions touchent surtout la cavité buccale, par léchage ou prise en gueule. La complication majeure est une nécrose de la langue, plus ou moins étendue, qui peut être prévenue ou limitée par une prise en charge très rapide.

Le stade à partir duquel la chenille devient urticante

Les soies urticantes apparaissent dès le troisième stade larvaire (L3) et se retrouvent jusqu'au cinquième stade (L5), sur les arbres, sur le corps de la chenille, dans les cocons, dans les nids et dans le sol. Avant ce stade, la chenille n'est pas urticante.

Le risque pour les yeux en l'absence de retrait rapide

Si une soie plantée dans l'oeil, comme une fléchette, n'est pas retirée rapidement, elle peut entraîner des conséquences graves : glaucome, cataracte.

L'impact sur l'arbre lui-même

La consommation des aiguilles par les chenilles provoque des défoliations hivernales et de début de printemps, avec des pertes de croissance. Un arbre en bonnes conditions supporte l'attaque. Les arbres affaiblis ou défoliés à répétition deviennent moins résistants aux scolytes et au pissode ; les mortalités observées restent exceptionnelles.

Efficace, inutile

Départage

Ce qui marche

  • Faire retirer les nids, même vides, par un professionnel : le potentiel urticant dure plusieurs années.
  • Retirer immédiatement toute soie plantée dans l'oeil, un retard expose à des complications graves (glaucome, cataracte).
  • Tenir les chiens et les chats éloignés des zones à chenilles : ils représentent 92 % (chiens) et 7 % (chats) des cas animaux recensés.
  • Consulter en urgence en cas de lésion buccale chez un animal : une prise en charge rapide limite la nécrose de la langue.
  • Traiter comme contaminés le linge, la terrasse ou le bois de chauffage exposés, même sans avoir touché de chenille : la moitié des cas humains viennent d'un contact indirect.
  • Surveiller en priorité les enfants de moins de 5 ans autour des zones à risque, la tranche d'âge la plus représentée dans les cas recensés.

Ce qui ne marche pas

  • Ne jamais toucher un nid à mains nues, vide ou non : les soies restent urticantes plusieurs années après.
  • Ne pas laisser un enfant ou un animal manipuler une chenille, un cocon ou un nid tombé au sol.
  • Ne pas se frotter les yeux après un contact avec des poils : cela aggrave la pénétration de la soie.
  • Ne pas penser qu'un contact indirect, objet, surface, vêtement, est sans risque : c'est la situation la plus fréquente des cas recensés.
  • Ne pas attendre une amélioration spontanée en cas de soie dans l'oeil : un retard augmente le risque de complications graves.
  • Ne pas ignorer une lésion dans la bouche d'un chien ou d'un chat après une exposition : la nécrose de la langue progresse vite.

Sources. Chenilles processionnaires : gare aux poils urticants, article d'information, Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES), mis à jour le 15 mai 2025, section Quels sont les symptômes, consulté le 11 septembre 2026 Vigil'Anses n° 9, dossier Toxicovigilance, Chenilles processionnaires : des expositions symptomatiques enregistrées par les Centres antipoison entre le 1er janvier 2012 et le 31 juillet 2019, ANSES, réseau des Centres antipoison, base SICAP, novembre 2019, Des expositions le plus souvent sans contact direct avec les chenilles, consulté le 11 septembre 2026 Agiir, fiche ravageur Processionnaire du pin, INRAE, Ephytia, portail d'information de l'INRAE, auteurs A.-S. Brinquin (INRAE), les soies urticantes sont aussi très présentes dans les nids d'hiver, même après plusieurs années, consulté le 11 septembre 2026 Fiche Forêts, Processionnaire du pin, Thaumetopoea pityocampa, biologie, symptômes et diagnostic, dégâts, Département de la santé des forêts (DSF), ministère chargé de l'agriculture, publiée sur le portail Ephytia de l'INRAE, rubrique dégâts, consulté le 11 septembre 2026

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